De l’assurance et de l’eau

Toute fine – De l’assurance et de l’eau.

Juin touche à sa fin, le Ramadan aussi. L’année prochaine il avancera encore de douze jours, et dans peut-être six ou sept ans il viendra en hiver et sera plus supportable. Je me rappelle brièvement des Ramadans d’hiver, dans ce petit appartement qu’on a vendu pour agrandir un peu plus nos perspectives. Les journées passaient vite, la soif et la fin étaient tintés de légèreté et on mangeait à dix-huit heure comme si de rien n’était. Certains sortaient ensuite, les grands dans les cafés et les petits dans les cages d’escaliers. Nous, ma mère nous l’interdisait, il faisait trop froid, on était trop petits, aujourd’hui il fait trop chaud, nous sommes devenus trop grands et elle nous l’interdit toujours.

La nuit me passionne, me fascine, j’imagine tout ce qui peut bien se passer pendant que j’essaye de rattraper Morphée. On a fait de la nuit quelque chose de dangereux, d’interdit aux femmes, de risqué par quartiers aux hommes et de pénible pour ceux qui attendent. On a créé la diversité, la séparation dans les teintes du ciel. Je cours toujours pour rentrer chez moi avant le couché du soleil, comme si la mythologie de Dracula allait prendre vie en moi tandis que d’autres, prennent leur temps et me scrutent de haut en bas, outrés de me voir dehors à l’heure où il ne faut pas.

Durant le Ramadan, en été, il y a une légère parité qui s’instaure, beaucoup sortent le soir, dans les cafés qui tolèrent la mixité, ou bien dans les Khayma et autres infrastructures installées pour un mois. Le thé y est très cher, mais vaut son prix, le prix de la normalité…

Beaucoup s’offusquent, j’ai lu plusieurs fois des publications d’un certains nombre de cervelles arriérées qui disaient être outrées de voir tant de femmes dehors après minuit, je me demande de quoi ils ont peur, pourquoi cherchent-ils autant a enfermer la femme dans un cocon qu’ils nomment hypocritement « Préservations ». Je me dis qu’il serait plus simple de préserver la femme en acceptant son existence en tout lieu et à toute heure que de l’enfermer faisant de tout et rien un malheur.

Je suis de ceux qui ont peur d’avoir un jour des enfants, qui ne savent pas encore ce qu’ils en feront, qui ont peur d’avoir peur pour eux et de les rendre de ce fait malheureux.
Je me sentirais triste de donner la vie à une fille dans une société où j’aurais voulu être un garçon. Je me sentirais triste de donner la vie à un garçon dans une société où ses larmes seront vues comme synonyme de lâcheté, où il sera insulté en étant comparé à une fille…
Je me sentirais triste d’avoir les deux, de les éduquer à n’être qu’un pour les voir divisés hors de mes mains.

Ma mère s’excuse constamment en nous disant que ce temps n’accorde aucun pardon. J’aimerais savoir comment c’était en son temps, je ne lui demande jamais car je sais qu’elle ne me dira jamais la vérité, je me contente d’imaginer les faits en regardant les vieux clichés empilés dans des albums qui se font progressivement bouffer par le temps. Le temps encore une fois, avec le temps une pudeur s’est installée entre moi et celle dont je suis sortie une chaude journée d’aout, avec le temps j’ai appris à comprendre sa peur, à la tolérer et peut-être qu’avec le temps j’apprendrai à la gérer.

La première fois que je suis partie en occident avec Samia, j’ai été choquée de me voir marcher dehors la nuit sans me sentir être une source d’ennui. Je me sentais naturelle, humaine, rassurée de voir autours de moi des femmes et des hommes qui marchaient de la même façon. En rentrant j’ai voulu partir à Alger, mon père à insisté pour m’accompagner me disant qu’il préférait me savoir seule à l’étranger qu’ici, ici où on se soucis plus du regard d’autrui que celui de Dieu, ici où on ne sait marcher sans fixer des yeux les corps et les ombres.

Les corps et les ombres se confondent en cette chaude soirée, et je voudrais que le Ramadan dure éternellement en été, qu’il dure pour l’éternité, pour toutes celles et ceux qui y sont traversés par un élan de sécurité les laissant jouir de la nuit et de sa légèreté.

 

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